Texte : Annabel Loyola, Photos : Gaston Cooper
Le Village d’Oujé-Bougoumou, « Le lieu où le peuple s’assemble ». Vue d’avion : les forêts de conifères se déroulent à perte de vue ; de-ci, de-là, des clairières dessinent des cercles de terre brune à peine mâtinés des premières neiges d’octobre. Un lac reflète la cime des arbres donnant une étonnante impression de symétrie. Soudain, apparaît une petite ville à la forme circulaire presque parfaite. On s’attarde sur le toit des bâtisses tenant autant du tipi que d’un projet d’architecture avant-gardiste. L’hydravion amerrit sur le lac Opémiska, qui n’est pas encore gelé, à deux pas du village autochtone d’Oujé-Bougoumou. Le chef Cri, Sam Bosum, nous y attend avec son fils David et sa belle-fille Anna, tous deux animateurs des activités touristiques. David et Anna nous accompagnent jusqu’au campement traditionnel, appelé le « village culturel », non loin du lac. Les canoës aux motifs ancestraux sculptés sont déjà rangés pour l’hiver, prés du ponton. La meute des chiens de traîneau, pressée de se dégourdir les pattes, aboie à l’arrivée de ses maîtres. Les tipis forment une petite forêt bien accueillante pour les visiteurs.
Après une nuit de repos, il est temps pour le groupe de chausser les raquettes et de partir pour une randonnée de cinq jours aux confins du territoire ancestral des Cri. Pour certains les débuts sont maladroits, mais un rythme commun s’installe assez vite. Plus tard, David montrera aux visiteurs comment poser des collets tandis qu’Anna, partie en éclaireuse sur son traîneau à chiens, attisera le feu odorant fait de branches d’épinette pour cuire le repas traditionnel servi au groupe à leur arrivée au premier campement.
De retour au village d’Oujé-Bougoumou, dans la soirée du cinquième jour, les cheminées fument sur un ciel bleu marine, à peine pollué par quelques réverbères qui viennent de s’allumer, laissant présager une nuit froide, étoilée mais sereine, unie. Après nous avoir fait visiter son village, très original avec sa forme circulaire et ses artères en étoile, le chef nous invite à le suivre jusque dans son tipi. Il s’installe dans son fauteuil devant le feu déjà bien attisé. On se croirait au XVIIIe siècle s’il n’y avait les anoraks en gore-tex ou kanuks essentiels au regard de la température extérieure. Les yeux grand ouverts, nous buvons les paroles de Sam, expert en contes et légendes de sa Nation. Cette soirée pleine d’humour et de mystère mettra un heureux point final à ce séjour en pays Cri.
Localisation
Oujé-Bougoumou est situé à 745 kms de Montréal. Vol d’une heure trente minutes environ par Air Creebec, arrivée à Chibougamau, à 57 kms de Oujé-Bougoumou. Fréquence des vols Montréal-Chibougamau : quotidienne
Contact
David ou Anna Bosum
Nuuhchimi Wiinuu (Cultural Tours)
74 Opataca Street, Oujé-Bougoumou, Quebec, Canada, G0W 3CO
Tél. : 1-418-745-3212
Tél. pour réservation : 1-418-745-3629
Courriel : creeculturaltourism@hotmail.com
Fax : 1-418-745-3500
Roger LaCroix
Oujé-Bougoumou Tourism –
203 Opemiska Meskino, P.O. Box 131,
Oujé-Bougoumou, Québec, Canada, G0W 3C0
Tél. . gratuit (depuis le Canada et les États-Unis uniquement) : 1-888-745-3905
Tél. : 1-418-745-3905
Fax : 1-418-745-3544
Courriel : tourism@ouje.ca
Internet : www.ouje.ca/tourism
Langue : anglais, français ou Cri.
Informations culturelles
La communauté Cri vit depuis plus de cinq mille ans sur ce territoire. Le village d’Oujé-Bougoumou, peuplé de 650 habitants, est installé dans une région riche en minerai. L’exploitation forestière et minière, qui s’est échelonnée sur cinquante ans, a entraîné le déplacement constant de la communauté Cri. Dans les années dix-neuf cent quatre-vingt, les habitants de la communauté étaient dispersés sur tout leur territoire traditionnel et vivaient dans des installations très rudimentaires. Suite à des ententes conclues avec le gouvernement du Québec en 1989, et le gouvernement canadien en 1992, des subventions ont été accordées pour construire un nouveau village permanent. Dessiné par un architecte canadien, Douglas Cardinal, également architecte du spectaculaire Musée Canadien des Civilisations de Hull, Oujé-Bougoumou se veut le symbole d’une philosophie et d’une approche du milieu mêlant respect des traditions et modernité.
Ainsi, examinant les options énergétiques qui s’offraient elle, la communauté d’Ouj-Bougoumou s’est penchée sur les avantages à long terme qu’elle pouvait tirer de l’énergie de quartier. L’énergie de quartier est une forme de recyclage qui utilise pleinement les ressources disponibles (biomasse, résidus produits l’échelle locale). Cette énergie produite est ensuite redistribuée collectivement par un système de gaines souterraines pour fournir l’électricité, le chauffage et alimenter certains systèmes de climatisation nécessaires à l’ensemble du village. Les membres de la communauté ont participé à tous les niveaux de décision – y compris quant aux techniques de construction –, exprimé leurs souhaits, et donné libre cours leurs visions et leurs rêves.
Sans cesse expropriés durant de longues années, ils sont fiers aujourd’hui d’être redevenus les maîtres de leur territoire.
À l’instar d’autres tribus autochtones, la famille représente pour les Cri la plus haute valeur possible. La famille Cri est une famille élargie dans laquelle les tantes sont considérées comme des mères et les oncles comme des pères. Tous les Anciens sont considérés comme des grands-parents. Les Cri ont toujours eu une relation privilégiée avec leur Terre. Ils ne prennent que ce dont ils ont besoin pour vivre. Le reste doit croître, fleurir et s’enrichir pour les générations à venir. La langue Cri est toujours parlée et enseignée au sein de la communauté.
Pour son engagement à l’égard du développement durable, la communauté d’Oujé-Bougoumou s’est vue accorder une carte de Citoyen du monde (en 1995) et une citation au classement « Habitat 2 » des meilleurs établissements humains de l’ONU. Quant au magazine d’exploration et de découverte Canadian Geographic (juillet-août 1994), il a parlé, à propos d’Oujé-Bougoumou de « réussite jamais vue auparavant au Canada – un village autochtone doté d’une architecture cohérente et intègre ».
Douglas Cardinal : une vision unique de l’architecture
« En tant que planificateur et architecte, j’ai une occasion à nulle autre pareille de redonner à notre véritable nature humaine la place centrale qui lui revient. En accordant la priorité aux besoins de l’être humain, et non aux systèmes érigés par l’homme moderne, nous pouvons permettre à l’homme de mettre ces systèmes à son service et lui éviter d’en devenir esclave. » Douglas Cardinal.
Les nombreux prix et distinctions que Douglas Cardinal a reçus au fil de sa carrière témoignent du parcours hors pair de cet architecte au génie novateur. Parmi un large éventail de projets architecturaux inspirés essentiellement du style canadien indigène, Douglas Cardinal a, entre autres, réalisé : le Musée canadien des civilisations, à Hull (Québec) ; le National Museum of the American Indian, Washington, DC, États-Unis ; l’Église St. Mary, à Red Deer (Alberta) ; le Grande Prairie Regional College, à Grande Prairie (Alberta).
Site Internet : Douglas Cardinal www.djcarchitect.com/Page1.html
Un séjour recommandé
Titre : Aventure culturelle
Durée : 8 jours
Dates : décembre et mars (dates exactes à se faire confirmer par téléphone)
Saison : hiver
Prix : 1 700 CA$ par personne.
Inclus : Les services d’un guide ; l’équipement de camping nécessaire ; une paire de mocassins traditionnels gratuits ; la rencontre et le retour à l’aéroport de Chibougamau, s’il y a lieu ; tous les repas et l’hébergement (logis traditionnel) depuis l’arrivée jusqu’au départ d’Oujé-Bougoumou ; pour l’hébergement à l’auberge, prévoir 55 CA$ par soir par chambre
Hébergement : logis traditionnel (tipi) ou auberge
Activités : repas et logements traditionnels ; déplacement en raquettes ; traîneaux à chiens ; apprentissage des coutumes, légendes, médecine, outils et jeux traditionnels ; contes et légendes…
Taille des groupes : de 4 à 15 personnes
Conditions physiques : capacité d’endurance minimale
Conditions climatiques : les températures peuvent osciller entre –6°C à –28°C entre décembre et mars.
Recommandations particulières : Il s’agit d’une expérience d’hiver et il est impératif de se vêtir, se chausser contre le froid et de prévoir crèmes solaires, baumes à lèvres anti-froid et écran total pour les plus fragiles. De plus, à cette période de l’année, le soleil est bas à l’horizon, ce qui justifie grandement le port de lunettes de soleil. Appareils photos et/ou caméras sont à prévoir ! Les accompagnateurs Cri recommandent de laisser les téléphones portables et les montres dans le village avant de partir pour la randonnée de plusieurs jours. Le but est de se relaxer et de permettre aux visiteurs de jouir pleinement des coutumes et traditions des Cri, peuple nomade.
Autres séjours :
• Aventure culturelle d’hiver de cinq jours : janvier
• Aventure culturelle d’hiver de huit jours : décembre et mars
• Festival Bibbon : février
• Aventure culturelle estivale de cinq jours à la Rivière Brock : juin et septembre
• Aventure culturelle estivale de sept jours au lac Waposite : juillet, août et septembre
• Festival Nebin : juillet
Chasse à l’outarde (Bernache du Canada) :
Cette oie se trouve parmi les premiers migrateurs au printemps. Ainsi, chaque année, pendant les deux premières semaines du mois de mai, l’ensemble des villageois participe à la chasse à l’outarde. La Bernache du Canada représente un apport important dans la vie économique et traditionnelle de la communauté. Pendant cette période, aussi appelée le « goose break », tout le village est fermé jusqu’aux établissements scolaires et touristiques afin de permettre à chacun d’apporter sa contribution à l’événement.


